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Au Québec, votre banque ne s'engage pas pour 25 ans. Elle s'engage pour 5.

  • Photo du rédacteur: Christophe Furet
    Christophe Furet
  • 1 avr.
  • 8 min de lecture
Au Québec, votre banque ne s'engage pas pour 25 ans. Elle s'engage pour 5.

Ce qu'on ne vous explique pas assez quand vous signez

Le système de financement hypothécaire au Québec est structurellement encore plus favorable aux banques qu'en France. Quand on arrive de France, ou d'ailleurs, sans le savoir, on signe quelque chose de fondamentalement différent de ce qu'on croit signer.

En France, quand vous contractez un prêt immobilier, votre taux est fixé pour toute la durée du crédit. Vingt ans, vingt-cinq ans : peu importe ce que font les taux entre-temps, peu importe, les délires des banques centrales ou des politiques monétaires à la Bruno Lemaire, c'est le prêteur qui supporte ce risque. Le modèle français repose sur des prêts à taux fixes qui font porter le risque de taux par les établissements prêteurs. C'est pour ça que les règles HCSF limitent la durée à 25 ans depuis janvier 2022 : plus le prêt est long, plus le risque porté par la banque est important. Surtout de nos jours avec des gouvernants sans projet qui pilotent à vue de la prochaine échéance électorale. Au Québec, la banque ne prend pas ce risque. Elle y participe un peu, mais de façon beaucoup plus limitée que l'emprunteur.


La notion de terme : amortissement long mais engagement court

Au Québec. vous empruntez généralement sur 25 ans, parfois 30. Mais votre banque ne s'engage sur le taux au maximum pour 3 ou 5 ans. C'est ce qu'on appelle le terme. À l'expiration, le solde restant est renégocié aux conditions du marché du moment. Avec un nouveau taux. Une nouvelle mensualité. Et aucune garantie que ce sera plus avantageux, ni même que vous serez en mesure de faire face au nouveau taux.

Environ 40 % des prêts hypothécaires au Canada sont à taux fixe avec un terme de 5 ans, selon la Banque du Canada. C'est le produit dominant sur le marché. Et à chaque renouvellement, c'est l'emprunteur qui absorbe la variation de taux.

La banque, elle, refinance régulièrement à des conditions proches du marché. Elle ne porte jamais longtemps un écart défavorable entre le taux auquel elle prête et le taux auquel elle emprunte. C'est un modèle confortable. Pour elle. Car on s'entend que l'emprunteur est beaucoup plus à risque que la Banque dans un tel système. Quand les taux varient de façon trop défavorable la banque va au pire perdre quelques milliards de profits par rapport à des dizaines de milliards de profits. Il faut savoir que son risque est partagé sur tout un portefeuille d'hypothèque à de nombreux taux différents, certains profitables, d'autres pas. Mais l'emprunteur modeste, lui, il va tout simplement perdre sa maison et tout ce qu'il avait mis dedans.



Ce que ça coûte concrètement

Un exemple chiffré, calculé avec les taux en vigueur au 30 mars 2026 (source : Ratehub.ca).

Vous achetez une propriété à Montréal. Emprunt : 400 000 $, amortissement 25 ans, taux fixe 5 ans à 4,09 %. Mensualité : 2 124 $. Ce taux est garanti jusqu'à votre premier renouvellement.

Cinq ans plus tard, votre capital restant est d'environ 348 760 $. Si les taux ont grimpé à 5,5 % entretemps, votre nouvelle mensualité passe à environ 2 387 $. Soit 263 $ de plus par mois parce que le marché a bougé et que le risque de ce mouvement vous appartient.

Ce scénario n'est pas hypothétique. Il s'est produit à grande échelle au Québec entre 2022 et 2026. Les emprunteurs qui avaient signé un terme de 5 ans en 2020 ou 2021, quand le taux directeur de la Banque du Canada était à 0,25 %, ont renégocié dans un environnement où ce même taux se situe à 2,25 %. Selon la Banque du Canada, environ 75 % des emprunteurs à taux fixe 5 ans arrivant à renouvellement en 2025-2026 font face à une hausse moyenne de leurs versements d'environ 20 %.

Tout cela est arrivé en raison de politiques monétaires complètement délirantes de banques centrales qui ont inventé des taux d'intérêt négatif pour pallier l'incompétence total des dirigeants politiques incapables de boucler un budget équilibré, et encore plus incapables de prendre des décisions politiques qui pourraient déplaire leur électorat, électorat acheté avec de l'argent emprunté (volé puisqu'on ne leur a pas demandé leur avis) aux générations futures. Le Credit existe depuis des milliers d'années, mais personne jusqu'à présent on avait eu cette idée lumineuse de taux d'intérêt négatif.

Bref, aujourd'hui, les gens qui se sont laissés berner par ses taux ridiculement bas passent à la facture... Vingt pour cent de hausse de mensualité.


Le risque fonctionne dans les deux sens

Je ne suis pas en train de dire que le système québécois est mauvais. Je dis qu'il est mal compris par ceux qui arrivent de France, et que cette incompréhension peut coûter cher si elle mène à de mauvaises décisions.

Parce que le même mécanisme qui vous expose à la hausse vous fait profiter de la baisse. En France, un emprunteur qui a signé à 4 % en 2023 garde ce taux même si les taux tombent à 2 % dans cinq ans. Renégocier implique des frais, des démarches, et l'accord de la banque. Les conditions varient selon les établissements et les contrats, n'hésitez pas à partager votre expérience en commentaire.

Mais au Québec, si les taux baissent avant votre renouvellement, vous en bénéficiez directement à l'expiration du terme. Sans frais de dossier, sans rachat de prêt. C'est une souplesse réelle, et elle a de la valeur.

La question n'est donc pas de savoir lequel des deux systèmes est meilleur. C'est de bien les comprendre pour prendre les bonnes décisions selon votre situation, votre horizon de projet, et votre capacité à absorber une variation de mensualité à court terme.


Le choix du terme

Certains acheteurs choisissent leur terme seulement en fonction du taux ou sans même y penser vraiment. Cinq ans, parce que c'est ce que tout le monde prend. C'est une erreur.

Un terme de 1 ou 2 ans, ça existe aussi et c'est un pari sur une baisse des taux à court terme. Vous acceptez une incertitude plus fréquente en échange d'une plus grande réactivité aux conditions du marché. Un terme de 5 ans, c'est une protection contre la hausse, au prix d'une rigidité si les taux baissent. À date du 30 mars 2026, le meilleur taux fixe 5 ans disponible sur le marché est à 4,09 %, le meilleur taux variable 5 ans à 3,35 % (source : Ratehub.ca). L'écart est de 0,74 point. Est-ce que cet écart vaut la stabilité ? Ça dépend de vous et surtout de votre capacité financière à absorber des variations. Mais il y a également d'autres facteurs relatifs à votre projet. Par exemple votre horizon de revente. Si vous n'êtes pas certain de conserver votre bien Immobilier suffisamment de temps, il est toujours préférable dans ce cas d'avoir une hypothèque avec un terme assez proche car il faut considérer qu'un interrompre une hypothèque avant sans terme coûte cher en pénalités. Ça aussi c'est une chose que les gens ignore souvent. Lorsque nous sommes engagé pour trois ans ou cinq ans, nous ne pouvons pas partir avant. C'est pour ça qu'on parle d'un prêt fermé. Quitter avant coûte cher en pénalités. Il existe donc aussi des prêts ouverts desquels il est beaucoup plus facile de sortir mais ils viennent habituellement avec des taux d'intérêt moins intéressant car la banque veut faire son profit rapidement sans garantie que vous allez rester longtemps. Mais si vous pourriez éventuellement vendre dans les deux prochaines années (ce qui rallumant intéressant en Immobilier) même si le taux est moins bon, certainement, il vaut mieux prendre un taux ouvert.

Tout cela, vous devez en discuter avec votre courtier hypothécaire, ou votre banquier. Je peux également en discuter avec vous, mais je vous référerai toujours au spécialiste hypothécaire pour prendre votre décision finale.


Ce que ça change dans l'approche globale du projet

Quand on comprend que le risque de taux vous appartient comme acheteur, on aborde le financement différemment. On ne cherche pas seulement le taux le plus bas aujourd'hui. On réfléchit à la trajectoire probable des taux sur les prochains 5 ans, à sa propre capacité d'absorption si la mensualité augmente de 15 ou 20 %, à l'opportunité d'un terme plus court si une baisse est anticipée.

C'est une dimension du projet immobilier que j'intègre systématiquement dans les conversations que j'ai avec mes clients. Parce qu'acheter à Montréal, ce n'est pas seulement choisir un quartier et négocier un prix. C'est comprendre ce qu'on signe, et s'y préparer.



FAQ : terme hypothécaire au Québec pour les acheteurs français

Quelle est la différence entre le terme et l'amortissement d'une hypothèque au Québec ?

L'amortissement, c'est la durée totale pour rembourser votre prêt, généralement 25 ans, parfois 30. Le terme, c'est la durée pendant laquelle votre taux est garanti, en général 3 ou 5 ans. À l'expiration du terme, vous renégociez aux conditions du marché. Vous pouvez traverser 4 ou 5 termes avant de rembourser votre hypothèque en entier.

Que se passe-t-il si mon renouvellement hypothécaire tombe quand les taux ont augmenté ?

Votre mensualité est recalculée aux nouvelles conditions du marché. C'est exactement ce qui s'est produit pour les emprunteurs qui ont renouvelé en 2025-2026 après avoir signé à des taux bas en 2020-2021 : selon la Banque du Canada, leurs versements ont augmenté de 15 à 20 % en moyenne. Vous pouvez atténuer ce choc en prolongeant l'amortissement ou en refinançant complètement, ce qui revient à recalculer le prêt sur 25 ans pour réduire la mensualité.

Taux fixe ou variable au Québec : lequel choisir en 2026 ?

Au 30 mars 2026, le meilleur taux fixe 5 ans est à 4,09 % et le meilleur taux variable à 3,35 % (source : Ratehub.ca). Le fixe protège contre une hausse future mais bloque le taux dans les deux sens. Le variable profite des baisses mais expose aux hausses. Ce choix dépend de votre capacité à absorber une variation de mensualité et de votre horizon de revente. Si vous prévoyez vendre dans les deux prochaines années, il peut être préférable de prendre un terme plus court ou un prêt ouvert pour éviter des pénalités coûteuses à la sortie.

Peut-on changer de banque au renouvellement hypothécaire au Québec ?

Oui, et c'est souvent dans votre intérêt de comparer. À l'expiration du terme, vous n'êtes pas obligé de rester avec votre prêteur actuel. Vous pouvez transférer votre prêt à une autre institution si elle offre de meilleures conditions. Le processus est similaire à une nouvelle demande hypothécaire. Je vous référerai toujours à un courtier hypothécaire indépendant pour prendre cette décision dans les meilleures conditions.

Quelles sont les pénalités pour briser une hypothèque avant le terme au Québec ?

Sur un prêt fermé à taux fixe, la pénalité est calculée selon la méthode la plus élevée entre trois mois d'intérêts ou le différentiel de taux (IRD). Ce deuxième calcul peut représenter plusieurs milliers de dollars si les taux ont baissé depuis votre signature. C'est pourquoi l'horizon de revente est un facteur clé dans le choix du terme. Un prêt ouvert évite ces pénalités mais vient avec un taux plus élevé. C'est quelque chose que les gens ignorent souvent au moment de signer.

Acheter à Montréal en tant que non-résident : quelles conditions hypothécaires ?

Les mécanismes de terme et d'amortissement sont identiques pour les non-résidents, mais les conditions d'accès au financement sont plus strictes : la banque juge le risque plus important en l'absence de revenus canadiens déclarés. Cela peut se traduire par une mise de fonds de 35 % ou plus, un choix de prêteurs plus restreint, et des montants accordés parfois limités.



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