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La taxe de bienvenue au Québec, explications

  • Photo du rédacteur: Christophe Furet
    Christophe Furet
  • il y a 2 jours
  • 12 min de lecture
Taxe de bienvenue Montréal Laval calcul droits mutation 2026

Vous venez de signer votre promesse d'achat. Le notaire a tout géré, vous avez les clés. Quelques mois plus tard, une enveloppe arrive de la Ville : une facture de plusieurs milliers de dollars à payer dans les 30 jours.

C'est la taxe de bienvenue.


Officiellement appelée droits sur les mutations immobilières, elle s'applique à tout achat immobilier au Québec. La majorité des acheteurs savent qu'elle existe. Beaucoup sous-estiment son montant.

J'explique ici comment elle est calculée, combien elle représente à Montréal et à Laval, pourquoi elle est très différente des droits de mutation en France, et quand vous pouvez en être exonéré.



À quoi sert cette taxe, et à qui va l'argent

Les droits de mutation sont une source de revenus pour les municipalités. La loi québécoise (Loi concernant les droits sur les mutations immobilières, L.R.Q., c. D-15.1) oblige toutes les municipalités du Québec à percevoir ce droit à chaque transfert de propriété sur leur territoire. L'argent va intégralement à la municipalité. Il n'y a pas de part fédérale.

La province fixe les paliers de base obligatoires et les règles de calcul. Les municipalités perçoivent, conservent, et peuvent ajouter leurs propres paliers au-delà des seuils provinciaux pour les transactions de valeur élevée. C'est ce que font Montréal, Laval, Longueuil, Gatineau et d'autres grandes villes depuis quelques années. Contrairement au gouvernement, les municipalités ne peuvent pas imprimer de l'argent sur le dos des générations futures alors elles taxent ceux qu'elles ont sous la main.



Notaire en France

En France, le mécanisme est différent. Ce qu'on appelle abusivement les "frais de notaire" regroupe en réalité des droits de mutation (DMTO) redistribués à plusieurs niveaux : le département en reçoit la part principale (autour de 4,5 % à 5 % du prix de vente), la commune perçoit 1,20 %, et l'État prélève une fraction marginale. Le notaire, lui, ne touche qu'environ 10 % du total qu'il collecte. Le reste ne lui appartient pas.

Ce malentendu sur les "frais de notaire" en France est fréquent. La facture du notaire paraît astronomique, mais l'essentiel part aux collectivités locales. La rémunération du notaire français est encadrée par un barème réglementé par l'État, proportionnel et dégressif par tranches. Pour un bien à 200 000 euros, ses honoraires nets représentent environ 2 400 euros. Pas 14 000 euros. Les 14 000 euros, c'est le total, taxes comprises.


Au Québec, le notaire n'a pas de barème imposé par l'État. Depuis 1991, il fixe ses honoraires librement, encadrés par un code de déontologie qui exige une proportionnalité avec le travail fourni. En pratique, pour une transaction résidentielle standard, les honoraires se situent entre 1 500 $ et 3 500 $ tout compris, acte de vente, acte hypothécaire, recherche aux titres et publication au Registre foncier. C'est un forfait à l'acte, pas un pourcentage du prix de votre propriété.


Cette différence a une conséquence pratique directe : en France, magasiner un notaire sur le prix ne sert à peu près à rien. Les coûts sont les mêmes partout, fixés par décret. On choisit un notaire pour sa disponibilité, sa réputation, sa spécialisation. Au Québec, les honoraires varient d'un notaire à l'autre. Demander deux ou trois soumissions avant de confier votre dossier est une démarche normale et sensée.


D'où vient le nom "taxe de bienvenue"

L'histoire populaire dit que ce surnom vient de Jean Bienvenue, ministre libéral dans le gouvernement de Robert Bourassa, qui aurait parrainé ou suggéré cette loi dans les années 1970. C'est la version que vous entendrez encore souvent.

C'est un mythe établi comme tel par des historiens. Jean Bienvenue a été défait aux élections du 15 novembre 1976, le jour où le Parti québécois de René Lévesque prend le pouvoir. La loi sur les droits de mutation a été adoptée sous le gouvernement péquiste, après sa défaite. Il n'a donc pas pu la parrainer. Raymond Garneau, ancien ministre des Finances de Bourassa, l'a confirmé : cette attribution est fausse et injuste envers Bienvenue. L'historien Frédéric Lemieux, rattaché à la bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec, a documenté l'ensemble du mythe dans le Bulletin d'histoire politique.

Jean Bienvenue, ministre libéral

La vraie origine du terme est plus simple : il est apparu spontanément dans le langage populaire, probablement par ironie. Recevoir une facture de plusieurs milliers de dollars quelques mois après avoir acheté sa maison, c'est une drôle de façon de souhaiter la bienvenue. Le jeu de mots a circulé, et avec le temps il s'est accolé au nom du ministre, ce qui offrait une explication commode. Un article erroné publié dans La Presse en 1993 a solidifié la légende.

La Chambre des communes a d'ailleurs débattu en 2026 de la possibilité de modifier certaines règles d'exonération pour corriger des iniquités que la loi génère, notamment pour les conjoints séparés qui doivent parfois payer deux fois des droits sur la même propriété. Le nom populaire restera, mais la loi, elle, continue d'évoluer.


La base de calcul : le plus élevé des trois montants

Le droit de mutation se calcule sur la base d'imposition, qui correspond au plus élevé des trois montants suivants :

1. Le prix de vente inscrit à l'acte notarié (hors TPS et TVQ).

2. Le montant de l'évaluation municipale qui provient du rôle d'évaluation triennal de la municipalité et qui est souvent assez éloigné du prix de vente réel, en plus ou en moins !

3. La valeur uniformisée : la valeur inscrite au rôle d'évaluation foncière multipliée par le facteur comparatif en vigueur pour l'année du transfert.

C'est ce troisième montant qui surprend le plus souvent. Le facteur comparatif est un coefficient que chaque municipalité publie chaque année pour tenter d'ajuster l'évaluation au rôle à la valeur marchande réelle. Ce facteur étant calculé sur des moyennes, il ne représente pas grand chose par rapport à la valeur réelle d'une propriété en particulier. C'est comme dire qu'un homme de 1,72 m mesurerait légalement 1,80 m parce que c'est la moyenne dans son quartier...

Si une propriété est évaluée à 600 000 $ au rôle, et que le facteur comparatif est de 1,08, la valeur uniformisée est de 648 000 $. Si vous l'achetez 700 000 $, c'est 700 000 $ qui sert de base. Si vous l'achetez 620 000 $, c'est 648 000 $ qui sert de base, pas 620 000 $.

En clair : même si vous négociez un bon prix, vous pouvez payer des droits de mutation calculés sur une valeur supérieure à ce que vous avez déboursé.



Les paliers 2026 : province, Montréal, Laval

La province fixe trois paliers de base obligatoires pour 2026 (indexés annuellement selon l'inflation) :

  • De 0 $ à 62 900 $ : 0,5 %

  • De 62 900 $ à 315 000 $ : 1 %

  • Au-delà de 315 000 $ : 1,5 %

Ces paliers s'appliquent par défaut dans toutes les municipalités du Québec. Mais la loi autorise les villes à ajouter des tranches supplémentaires au-delà de 500 000 $, jusqu'à un maximum de 3 %. Montréal dispose d'un régime particulier qui lui permet de dépasser ce plafond de 3 %.


Montréal

Montréal applique des paliers additionnels pour les transactions de valeur élevée. Pour 2026, la Ville publie un exemple officiel : une base d'imposition de 700 000 $ génère des droits de 9 349 $. C'est la référence vérifiable directement sur montreal.ca.

Pour les propriétés au-delà de 2 millions de dollars, des tranches à 3 %, 3,5 % et jusqu'à 4 % s'appliquent selon les seuils en vigueur. Montréal est la seule ville du Québec autorisée à dépasser les 3 %.


Laval

Le budget municipal 2026 a modifié la structure des paliers de Laval pour simplifier le calcul : depuis le 1er janvier 2026, un taux uniforme de 3 % s'applique sur toute la portion excédant 500 000 $. Avant cette modification, Laval appliquait déjà des paliers progressifs au-delà de 500 000 $ (1,5 % de 500 000 $ à 585 200 $, 2 % de 585 200 $ à 1 170 500 $, puis 3 % au-delà), ce qui rendait le calcul plus complexe. La simplification de 2026 représente une hausse sensible pour les propriétés entre 500 000 $ et 1,1 M$. Pour une unifamiliale à 622 300 $ (valeur moyenne lavalloise), la taxe atteint 9 323 $ en 2026, soit 1 779 $ de plus qu'en 2025 (source : Courrier Laval, décembre 2025).

Laval reste moins taxée que Montréal pour les propriétés de grande valeur, notamment au-delà de 2 millions, où les taux montréalais montent nettement plus haut.


Pour calculer votre montant exact, les calculateurs officiels et vérifiés sont disponibles sur les sites des deux villes :


Comparaison avec la France

En France, les droits de mutation dans l'ancien représentent environ 5,80 % du prix de vente dans la grande majorité des départements. Depuis avril 2025, certains départements ont porté ce taux à 6,40 %. Ces droits sont payés le jour de la signature de l'acte authentique chez le notaire, intégrés dans les frais totaux.

Au Québec, les droits de mutation sont structurellement moins élevés pour les prix courants. Sur un achat à 500 000 $ à Montréal, les droits représentent autour de 1,4 % du prix. Loin des 5,80 % français.

Mais la différence de fonctionnement est importante : en France, tout est payé chez le notaire le jour de la signature. On ne risque pas d'oublier ! Au Québec, la taxe arrive des mois plus tard, sous forme d'une facture distincte envoyée par la Ville. Les gens qui ne l'ont pas provisionné reçoivent une facture de 8 000 $ à 10 000 $ alors qu'ils viennent de mettre de fonds et de payer les frais de déménagement.


Si vous ne recevez pas la facture

La Ville enregistre le transfert de propriété lorsque l'acte de vente est publié au Registre foncier. À partir de là, elle dispose de plusieurs semaines pour émettre la facture. En pratique, la facture arrive parfois jusqu'à 6 mois après la signature chez le notaire. Parfois plus, notamment pour les constructions neuves où les délais sont sensiblement plus longs.

Une fois la facture émise, vous avez 30 jours pour payer en un seul versement. À Montréal, aucun échelonnement n'est prévu. À Laval, la Ville étudie la possibilité de permettre le paiement en plusieurs versements à partir de 2027, mais en 2026 un seul versement est exigible.

Ce qui est moins connu : si la facture ne vous parvient pas, vous restez responsable. La Ville ne la réémet pas automatiquement, et une facture perdue dans un déménagement ne vous exonère pas. Si vous n'avez pas reçu votre avis au-delà de plusieurs mois après votre transaction, c'est à vous de contacter la municipalité. Un défaut de paiement après les 30 jours entraîne des intérêts et des pénalités. Et les droits de mutation constituent une créance prioritaire garantie par une hypothèque légale sur votre propriété.

En clair : cette facture finit toujours par arriver, et elle est exigible.


Et même pire que ça. Si vous achetez une maison alors que le vendeur n'avait toujours pas payé sa taxe de bienvenue, vous achetez la dette avec la maison !! Mais rassurez-vous, ça fait partie des vérifications que le notaire fera automatiquement lors de votre transaction et il retiendra le paiement de la taxe de bienvenue précédente sur le montant de la vente.


Exonérations de taxe de bienvenue

Certaines situations permettent d'être exonéré du droit de mutation. Le notaire doit en faire mention dans l'acte de vente pour que l'exonération s'applique. Dans tous les cas d'exonération, la municipalité peut malgré tout percevoir un droit supplétif maximal de 200 $.

  • Transfert en ligne directe ascendante ou descendante : entre parents et enfants, grands-parents et petits-enfants. Un parent qui vend à son fils est exonéré. Mais attention : un frère qui vend à sa sœur ne l'est pas : la loi ne reconnaît pas les collatéraux.

  • Transfert entre conjoints : entre époux mariés ou conjoints de fait (avec au moins 12 mois de cohabitation). En cas de séparation, le transfert doit intervenir dans les 12 mois suivant la fin de la vie commune pour conjoints de fait, ou avant que le jugement de divorce prenne effet pour les époux mariés.

  • Transfert entre un actionnaire et sa société : si l'actionnaire détient plus de 90 % des droits de vote de la société, le transfert peut être exonéré, sous conditions de maintien pendant 24 mois.

  • Valeur inférieure à 5 000 $ : exonération automatique. En pratique, cette situation ne concerne jamais les transactions résidentielles .


Le programme d'appui à l'acquisition résidentielle de Montréal

La Ville de Montréal dispose d'un programme de subvention qui permet dans certains cas le remboursement total des droits de mutation. Ce n'est pas une exonération automatique : c'est une demande à faire auprès de la Ville, avec des critères précis.

  • Pour une propriété existante (revente) : vous devez être nouveau propriétaire (ne pas avoir été propriétaire d'une résidence au Québec au cours des 5 dernières années, chalet exclu) et avoir au moins un enfant de moins de 18 ans. L'enfant peut être déjà né ou naître dans les 9 mois suivant l'achat. Il doit habiter avec vous au moins 40 % du temps.

  • Pour une propriété neuve : tous les types de ménages sont admissibles en tant que nouveaux propriétaires. Les propriétaires déjà propriétaires peuvent aussi en bénéficier s'ils ont au moins un enfant de moins de 13 ans.


Dans les deux cas, le prix de la propriété ne doit pas dépasser un seuil maximal fixé par la Ville (variable selon le type de propriété et le secteur). La demande doit être faite avant la signature de l'acte de vente. Les droits de mutation doivent être payés en entier dans les 12 mois suivant l'émission de la facture pour conserver le droit au remboursement.


Les critères et montants maximaux admissibles changent régulièrement. Vérifiez les conditions en vigueur directement sur montreal.ca avant de signer.


Ce que ça représente concrètement sur les prix du marché actuel

Sur les prix médians de 2025-2026 à Montréal et Laval, voici les ordres de grandeur vérifiés :

Un condo à Montréal à 450 000 $ : droits autour de 5 100 $. Une maison à Laval à 600 000 $ : droits autour de 7 150 $. Une propriété à Montréal à 700 000 $ : 9 349 $ (exemple officiel Ville de Montréal pour 2026). Une propriété à Laval à valeur moyenne en 2026 : 9 323 $ (données Courrier Laval).


Ces montants doivent être provisionnés à part, en liquidités disponibles, au moment de la transaction. Ils ne peuvent pas être inclus dans le prêt hypothécaire, puisque la facture arrive après la signature.


Questions fréquentes sur la taxe de bienvenue

Comment calculer la taxe de bienvenue à Montréal en 2026 ?

Le calcul se fait en deux étapes. D'abord, déterminer la base d'imposition : le plus élevé entre le prix de vente, l'évaluation municipale et la valeur uniformisée (évaluation municipale multipliée par le facteur comparatif 2026). Ensuite, appliquer les paliers progressifs de Montréal par tranches cumulées. Pour un achat à 700 000 $, la Ville de Montréal indique officiellement 9 349 $ pour 2026. Le calculateur officiel est disponible sur montreal.ca.

Combien coûte la taxe de bienvenue à Laval en 2026 ?

Depuis le budget 2026, Laval applique un palier de 3 % sur la portion excédant 500 000 $. Pour une maison unifamiliale de valeur moyenne à Laval, la taxe atteint environ 9 323 $ en 2026 selon les données publiées par le Courrier Laval. Pour un condo aux alentours de 410 000 $, le montant est d'environ 4 300 $. Le calculateur officiel est disponible sur laval.ca.

Quand reçoit-on la facture de la taxe de bienvenue ?

La facture est émise par la Ville après l'enregistrement de l'acte de vente au Registre foncier. En pratique, elle arrive souvent avant mais elle peut arriver jusqu'à 3 et 6 mois après la signature chez le notaire. En particulier pour les constructions neuves. Elle est payable en un seul versement dans les 30 jours suivant son envoi.

Peut-on inclure la taxe de bienvenue dans son hypothèque ?

Non. La facture est émise après la transaction notariale, elle ne peut donc pas être intégrée dans le financement hypothécaire. Elle doit être payée en liquidités disponibles.

Que se passe-t-il si on ne reçoit pas la facture de la taxe de bienvenue ?

La responsabilité du paiement incombe à l'acheteur, même en cas de facture non reçue. Si vous n'avez pas reçu votre avis plus de 3 mois après votre transaction, contactez directement la Ville. Le non-paiement dans les 30 jours suivant l'envoi entraîne des intérêts et pénalités. Les droits de mutation constituent une créance prioritaire qui peut être garantie par une hypothèque légale sur votre propriété.

Quelle est la différence entre la taxe de bienvenue à Montréal et dans le reste du Québec ?

Dans la province, le taux maximal est de 1,5 % au-delà de 315 000 $, avec possibilité pour les villes d'aller jusqu'à 3 % sur la tranche excédant 500 000 $. Montréal dispose d'un régime particulier autorisant des taux allant jusqu'à 4 % pour les propriétés de grande valeur, ce qui la distingue de toutes les autres municipalités québécoises.

Qui est exonéré de la taxe de bienvenue au Québec ?

Les transferts entre parents en ligne directe (parents-enfants, grands-parents-petits-enfants), entre conjoints mariés ou conjoints de fait (avec conditions de délai en cas de séparation), et certains transferts entre un actionnaire et sa société sous conditions. Les frères et sœurs, oncles, tantes et cousins ne sont pas couverts par les exonérations. Le notaire doit mentionner l'exonération dans l'acte pour qu'elle s'applique.

La taxe de bienvenue est-elle plus élevée en France qu'au Québec ?

Dans l'ancien, les droits de mutation en France représentent environ 5,80 % à 6,40 % du prix de vente selon le département, payés le jour de la signature. Au Québec, les droits sont structurellement moins élevés sur les prix courants, de l'ordre de 3 % pour simplifier. Une différence importante est qu'en France tout est réglé chez le notaire le jour J, au Québec la facture arrive des mois plus tard et doit être payée cash.



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