Maison en brique à Montréal ? La structure est en bois.
- Christophe Furet

- 28 avr.
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Vous recherchez votre premier appartement à Montréal. Vous voyez les façades en brique. Vous concluez que les immeubles sont en brique.
Vous avez tort. La brique que vous voyez n'est pas porteuse. C'est un parement, un habillage de quelques centimètres collé sur une structure en bois. Sous la brique, c'est de l'ossature légère, des poutres, des solives, des montants. Du bois.
Pour un Français qui arrive, c'est une surprise. En France, la brique et le parpaing sont la structure. Ici, ils ne le sont presque jamais en résidentiel. Et ce détail invisible change beaucoup de choses dans votre vie quotidienne, votre confort, et votre façon d'habiter.
Cet article raconte ce que ça implique vraiment. Pas une démonstration technique. Les vraies réalités de terrain, celles dont personne ne parle avant que vous signiez votre bail ou votre promesse d'achat.
Le bois

Historiquement, les constructions multi-logements à Montréal sont en bois. Les multiplex (duplex pour deux logements, triplex pour trois, et ainsi de suite) forment l'essentiel du tissu résidentiel des quartiers centraux. Le Plateau-Mont-Royal, Verdun, Rosemont, Hochelaga, Villeray, Pointe-Saint-Charles. Tous ces quartiers sont en bois sous la brique.
Ce bâti a un cachet réel. Les Français y sont sensibles, à juste titre. Mais derrière le charme, il y a des réalités qu'il faut connaître avant de signer.
L'âge et l'état des bâtiments
Beaucoup de plex datent de la fin du 19e siècle ou du début du 20e. Les structures sont saines (le bois bien entretenu vieillit très bien), mais les intérieurs ne sont pas toujours rénovés au goût du jour. Vous pouvez tomber sur des cuisines des années 1970, des salles de bain plus anciennes encore, des fenêtres simples vitrages, des planchers qui craquent.

Pour un Français habitué au standard locatif européen (cuisine équipée, double vitrage récent, peinture refaite à chaque changement de locataire), c'est un choc. Au Québec, le marché locatif fonctionne différemment. Le propriétaire n'a pas l'obligation de moderniser entre deux locataires, et beaucoup ne le font que quand un équipement tombe en panne.
Vous pouvez trouver des plex récemment rénovés, évidemment. Mais le loyer suivra. Un appartement non rénové dans un quartier central peut coûter 30 % à 40 % de moins qu'un équivalent refait. C'est un arbitrage à faire en connaissance de cause.
Les escaliers extérieurs
L'escalier extérieur est emblématique de Montréal. Droit, en colimaçon, en métal, en bois. Vous le verrez dans toutes les rues résidentielles du Plateau, de Rosemont, de Villeray. Les touristes les photographient. Les nouveaux résidents les redoutent.
L'escalier extérieur a une raison historique : à la fin du 19e siècle, gagner de l'espace habitable à l'intérieur en sortant la cage d'escalier dehors. Une particularité urbaine qui a tenu jusqu'à son interdiction officielle en 1955, mais le bâti existant est resté.

Ce que ça change pour vous : en hiver, l'escalier doit être déneigé et déglacé. La responsabilité varie selon le bail (souvent c'est le locataire du rez-de-chaussée pour la partie commune, mais ça se négocie). En cas de chute, la responsabilité est complexe. Si vous montez avec des courses, un enfant ou un cabas, un escalier en colimaçon avec marches étroites devient sportif.
Si vous avez les genoux fragiles, ou si vous prévoyez de vieillir sur place, ce détail mérite réflexion.
Le stationnement et le déneigement en hiver
Très peu de plex anciens disposent d'un stationnement réservé, et encore moins d'un garage. Si vous avez une voiture, vous stationnerez dans la rue. Et là, l'hiver montréalais entre en scène.
Pour stationner sur rue dans la plupart des quartiers centraux, il vous faut une vignette de Stationnement sur Rue Réservé aux Résidents. Elle coûte quelques centaines de dollars par an.

L'hiver, dès qu'il tombe 10 à 15 cm de neige, la Ville lance ses opérations de chargement. Des panneaux d'interdiction de stationner sont installés (de 7h à 19h ou de 19h à 7h selon le créneau). Si vous ne déplacez pas votre voiture à temps, elle est remorquée. À vos frais. Et il faut ensuite la retrouver via Info-Remorquage.
Concrètement, l'hiver vous suivrez la carte des opérations de déneigement de la Ville pour savoir où et quand votre rue sera dégagée. Vous déneigerez votre voiture (compter 30 à 45 minutes après une grosse tempête). Vous déglacerez les portières gelées. Et vous ferez tout ça, parfois plusieurs fois par semaine, entre décembre et mars.
Avant de signer un bail, je conseille toujours de vérifier ces points.

Le bruit et la transmission sonore
C'est le point le plus important. Le bois transmet le son. Beaucoup. Plus que la pierre, plus que le parpaing, plus que le béton.
Dans un plex, du plancher aux solives en passant par les poutres, tout est en bois. Vous entendrez vos voisins du dessus marcher, parler, prendre leur douche, faire couler l'eau. Vous entendrez les voisins du dessous fermer leurs portes, écouter de la musique, accueillir des amis. Si une famille avec enfants vit au-dessus, vous entendrez les enfants jouer, pleurer, crier. Le jour, le soir, parfois la nuit.
Ce n'est pas un défaut d'isolation à corriger. C'est la nature même de ce type de construction. Au Québec, un certain niveau de bruit ambiant est considéré comme inhérent à la vie en multilogement. Le Tribunal administratif du logement reconnaît qu'il existe des "inconvénients normaux du voisinage" qu'un locataire doit tolérer dans une certaine mesure.
Même les odeurs de cuisine ou du voisin qui fume se transmettent au travers des structures en bois dans bien des cas.

Le bruit ne devient un recours que s'il est excessif, répété, et démontrable. Auquel cas vous pouvez exiger du propriétaire qu'il intervienne, demander une diminution de loyer, ou en dernier recours saisir le Tribunal administratif du logement. Mais le bruit "normal" d'un voisin qui écoute les matchs de hockey avec ses amis en buvant de la bière, ce n'est pas un recours évident, c'est la vie en plex.
Pour un Français habitué aux dalles béton et aux murs porteurs en parpaing, le choc est réel. Trois conseils concrets avant de signer :
Visitez l'appartement à différentes heures. Une visite à 14h un mardi ne vous dit rien. Demandez à revenir un samedi soir, ou un dimanche matin.
Posez la question directement au propriétaire ou aux voisins : qui habite au-dessus ? Famille avec enfants ? Couple sans enfant ? Étudiants ? Profil de bruit prévisible.
Si vous êtes très sensible au bruit, ciblez le dernier étage (personne ne marche au-dessus de votre tête).
Et le feu dans tout ça ?
C'est la question de certains Français : si c'est en bois, ça brûle alors ! Et donc c'est dangereux. La réalité est moins anxiogène qu'on pourrait le penser. Au Québec, les incendies résidentiels ne sont pas souvent causés par la structure des bâtiments mais par les erreurs humaines. Selon les statistiques officielles du ministère de la Sécurité publique, l'erreur humaine est responsable d'environ 48 % des incendies résidentiels. La cuisine est le lieu d'origine le plus fréquent (24 % des cas). Les appareils de cuisson et les articles de fumeur sont les sources d'inflammation les plus courantes.
Le Code de construction du Québec impose des normes strictes sur la résistance au feu, l'installation des avertisseurs de fumée, les séparations coupe-feu entre logements, et les sorties de secours à l'arrière de tous les appartements. Une structure en bois bien construite ou rénovée, et conforme au Code offre les marges de sécurité nécessaires pour éviter la propagation du feu ou évacuer en cas d'incendie.
Le vrai sujet de prévention dans un plex en bois, ce n'est pas la structure. C'est l'avertisseur de fumée fonctionnel, la cuisine attentive, et le détecteur de monoxyde de carbone si vous chauffez au gaz.
Le béton
Maintenant que les réalités du bois sont claires, parlons du béton. Au-delà du choix de structure, c'est tout un autre type de logement et tout un autre style de vie.
Les constructions en béton à Montréal, ce sont les tours d'habitation modernes (centre-ville, Griffintown, Ville-Marie), les copropriétés récentes de moyenne hauteur, et les anciens immeubles industriels convertis en lofts. Bref, du neuf ou du récent, dans des bâtiments qui ont peu en commun avec les plex.

L'isolation acoustique
C'est l'avantage majeur du béton sur le bois. Les murs et planchers en béton réduisent considérablement la transmission sonore. Vous n'entendez pas votre voisin du dessus marcher. Vous n'entendez pas la douche du voisin de palier. Le silence devient possible.
Évidemment, rien n'est parfait. Si votre voisin organise une fête à 100 décibels, vous entendrez quelque chose. Mais le bruit "normal" du quotidien, celui qui rend les plex parfois éprouvants, devient inexistant en béton.

Pour un Français qui arrive avec ses standards d'isolation européens, c'est le retour à un environnement plus familier. Et pour quelqu'un qui télétravaille, qui a un sommeil léger, ou qui supporte mal les bruits ambiants, c'est un argument décisif.
Les services et équipements
Les immeubles en béton sont presque tous récents. Cela signifie cuisine mieux équipée, salles de bain plus modernes, fenêtres plus performantes, ventilation et souvent climatisation centrale, ascenseurs, stationnement intérieur (ou extérieur réservé).

Beaucoup de tours offrent des services communs qui n'existent pas en plex : gym, piscine intérieure ou sur le toit, terrasse aménagée avec barbecue, gardien de sécurité, conciergerie, salle de réception, espace de coworking. Pour quelqu'un qui vient de Paris ou de Lyon où ces services sont rares, c'est un atout souvent recherché.
Concrètement, votre quotidien change. Pas d'escalier extérieur à déneiger. Pas de voiture à dégager dans la rue (le stationnement est intérieur).
Le coût plus élevé
Tous ces avantages ont un prix. À surface équivalente, un appartement en béton est plus cher en achat comme en location. À superficie égale, comptez 30 % à 50 % de plus pour un loyer dans une tour récente avec services par rapport à un plex équivalent. Par contre, avec la meilleure isolation, vos dépenses en électricité vont généralement être divisées au moins par deux passant de facilement 100 $ par mois à 50 $ ou même moins (évidemment tout cela est à moduler en fonction de la taille de l'appartement, la qualité de l'appartement et vos habitudes de consommation). Mais au Québec vous pouvez connaitre en avance la consommation estimée d'un logement en fonction de sa consommation passé en utilisant cet outil bien pratique : Hydro-Québec - estimation de la consommation.

Pour un acheteur, il faut aussi considérer les frais de copropriété. Une tour avec piscine, gym et conciergerie peut afficher des charges mensuelles de 400 $ à 800 $, parfois davantage selon les services et l'âge du bâtiment. Ces charges incluent l'entretien des équipements communs, le fonds de prévoyance obligatoire (Loi 16), l'assurance de la copropriété, le gardien de sécurité.
Pour un locataire, rassurez-vous, tout est inclus dans le loyer !
Bois ou béton : comment choisir
Il n'y a pas de bonne réponse universelle. Le choix dépend de votre projet de vie, pas d'une supériorité technique d'un matériau sur l'autre.
Le plex en bois, c'est le cachet, la proximité de la rue et du quartier, des prix d'entrée plus accessibles, et un mode de vie plus traditionnel. C'est aussi des escaliers à déneiger, des voisins qu'on entend, et un bâti qu'il faut entretenir.
La tour en béton, c'est le confort moderne, le silence, les services communs, et le côté pratique d'un logement récent, le centre-ville. C'est aussi un coût plus élevé, des charges importantes, et un environnement plus impersonnel.
Le vrai sujet, ce n'est pas "bois ou béton". C'est : quelle vie voulez-vous mener à Montréal ? Que cherchez-vous comme rapport au quartier, au voisinage, à votre intérieur ?
Pour un Français qui arrive, mon conseil est simple : ne décidez pas avant d'avoir visité les deux. Allez voir un plex sur le Plateau, puis une tour à Griffintown. La différence est radicale. Et c'est en la voyant que vous saurez ce qui vous correspond.
Si vous voulez en discuter avant de signer, je peux vous accompagner. C'est exactement ce que je fais comme courtier, sans pression, et c'est gratuit pour les acheteurs.
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Donnez-moi quelques informations sur votre projet et je vous recontacte rapidement pour vous répondre à vos questions.
Questions fréquentes sur la construction bois et béton au Québec
Pourquoi construit-on en bois au Québec et pas en béton comme en France ?
Parce que la ressource est là. Les forêts couvrent plus de la moitié du territoire québécois (environ 900 000 km², soit deux fois la superficie de la Suède), et 92 % de cette forêt est publique. L'industrie compte près de 893 usines de transformation et 40 000 emplois liés. Le bois est donc localement abondant, économique, et adapté aux variations thermiques importantes des hivers québécois. La structure en bois ne s'oppose pas au béton : elle correspond à un autre modèle de construction, fondé sur l'ossature légère plutôt que sur les murs porteurs maçonnés.
Une maison en bois résiste-t-elle vraiment au feu ?
Oui. Le Code de construction du Québec impose des normes strictes de résistance au feu pour toute construction résidentielle, incluant les structures bois. Le bois massif présente d'ailleurs une caractéristique contre-intuitive : en brûlant, il forme une couche de carbone en surface qui isole la partie non brûlée de la chaleur, ce qui ralentit la combustion. Les statistiques officielles le confirment : au Québec, environ 48 % des incendies résidentiels sont causés par l'erreur humaine, dont 24 % en cuisine.
Comment savoir si une propriété est à structure bois ou à structure béton avant d'acheter ?
Trois indices fiables. D'abord, le type de bâtiment : un plex de moins de 4 étages dans un quartier central de Montréal est presque toujours en ossature bois, peu importe le parement extérieur. Une tour résidentielle de plus de 6 étages est presque toujours en béton. Ensuite, l'année de construction : avant 1960, structure bois quasi systématique en résidentiel multilogement. Enfin, l'inspection préachat : votre inspecteur en bâtiment identifie le type de structure dès la visite et le précise dans son rapport. Si vous hésitez, posez la question directement au courtier vendeur.
Pourquoi les escaliers sont-ils à l'extérieur à Montréal ?
Pour gagner de l'espace habitable. À la fin du 19e siècle, les promoteurs construisent des plex étroits et profonds pour loger une population ouvrière en pleine croissance. Sortir la cage d'escalier à l'extérieur libère de l'espace intérieur pour les pièces de vie. Un règlement municipal de 1955 a interdit les nouveaux escaliers extérieurs, mais les milliers déjà construits sont restés. C'est aujourd'hui un trait architectural emblématique du Plateau, de Rosemont, de Villeray et de Hochelaga, autant qu'une réalité hivernale exigeante : neige à pelleter, glace à déglacer, marches étroites en colimaçon.
Quels sont mes recours si mon voisin du dessus est trop bruyant dans un plex ?
Plusieurs étapes possibles. D'abord, dialoguer directement avec le voisin (la voie la plus simple et souvent la plus efficace). Si le bruit persiste, documenter (dates, heures, durée, nature du bruit) et envoyer une mise en demeure écrite au propriétaire, qui a l'obligation légale d'assurer la jouissance paisible des lieux. Si rien ne change, vous pouvez saisir le Tribunal administratif du logement pour demander une diminution de loyer ou des dommages-intérêts. Attention toutefois : un certain bruit ambiant est considéré comme inhérent à la vie en multilogement, surtout dans les constructions à ossature bois.
Comment fonctionne le stationnement à Montréal pendant l'hiver ?
Une vignette résident (SRRR) coûte environ 50 $ par an et autorise le stationnement sur rue dans une zone définie. L'hiver, dès qu'il tombe 10 à 15 cm de neige, la Ville lance ses opérations de chargement. Des panneaux d'interdiction de stationner sont installés (de 7h à 19h ou de 19h à 7h selon le créneau), et tout véhicule mal stationné est remorqué aux frais du propriétaire. Si vous habitez sur une rue étroite (Plateau, Mile-End, Petite-Patrie), une vignette pour rues étroites donne accès gratuitement à des stationnements de nuit pendant les opérations de chargement.
Pour un nouvel arrivant à Montréal, vaut-il mieux choisir un plex en bois ou un condo en béton ?
Cela dépend de votre projet de vie, pas d'une supériorité objective. Le plex offre du cachet, des prix d'entrée plus accessibles, une vraie immersion dans un quartier, mais aussi des escaliers à entretenir, des voisins audibles, et un bâti ancien qu'il faut accepter. Le condo en béton offre du silence, du confort moderne, des services communs (gym, ascenseur, stationnement intérieur), mais à un coût plus élevé et avec des charges de copropriété significatives. Mon conseil : visitez les deux types avant de décider. La différence est si radicale qu'on la sent dès le premier appartement vu.




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